GeSi N° 6 – Toulon 1983

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Éditorial

INFORMATIQUE, INFORMATIQUE !

Un concours de circonstances a voulu que ce bulletin N°6 regroupe des articles portant sur l’informatique appliquée à l’électronique.

Est-ce vraiment un concours de circonstances, ou faut-il au contraire y voir la précipitation spontanée d’une tendance existante qui émergerait maintenant ?

Quoiqu’il en soit, nous ne manquerons pas d’en mesurer les conséquences sur le contenu des enseignements d’électronique « traditionnelle » et les commissions de révision des programmes auront du pain sur la planche, pardon ! Sur l’écran de la visu.

Ainsi donc, fini le fer à souder pour les T.R. ! Quelle économie de matériel ! Finies aussi les approximations dans le calcul, si délicates à faire digérer aux étudiants : l’ordinateur peut encaisser n’importe qu’elle loi mathématique (si l’on est pas trop pressé!). Il nous donne même un aide à l’interprétation des résultats si nombreux et si fouillés qu’il fournit.

Nous rêvons.

Heureusement(?), il faut le concevoir, cet ordinateur, décider de ce dont il sera capable. L’homme reste ! (air connu).

Gesitron

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SOMMAIRE

Journées pédagogiques
Éditorial
Assemblées des chefs de département
2 décembre1982
21 Janvier 1983

Réalisation d’un filtre numérique
Dossier détachable
Expérience pilote d’introduction à la C.A.O
Programme F.F.T sur une calculatrice programmable HP 41C
Annuaire 82/83

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Extrait de la revue : EXPÉRIENCE PILOTE D’INTRODUCTION A LA C.A.O. DANS UN DÉPARTEMENT « G.E. » D’I.U.T. (P. Verner )

« La Conception Assistée par Ordinateur est une nécessité impérieuse dans de nombreux domaines du GÉNIE ÉLECTRIQUE. Après avoir rappelé ces domaines, nous exposerons les modalités pratiques de la conduite de cette expérience pédagogique et nous décrirons le matériel utilisé. Enfin, nous indiquerons les retombées industrielles espérées. « 

Introduction

La Conception Assistée par Ordinateur connaît actuellement une croissance que l’on peut qualifier d’explosive. Cependant, cette croissance ne pourra être maintenue que s’il existe un personnel formé à ces techniques en nombre suffisant. Les Départements des INSTITUTS UNIVERSITAIRES DE TECHNOLOGIE ont un rôle important à jouer dans l’initiation des futurs techniciens supérieurs à la C.A.O. Si le problème se pose avec beaucoup d’acuité en GÉNIE MÉCANIQUE, il est déjà très sensible en GÉNIE ÉLECTRIQUE. 

Aussi, le Département GÉNIE ÉLECTRIQUE de LONGWY procède-t-il actuellement à une expérience pilote d’introduction à la C.A.O. dans ses enseignements technologiques. Après avoir exposé les motivations de cette expérience, nous en indiquerons les modalités et le matériel utilisé. Enfin, nous insisterons sur les retombées, principalement au niveau des Petites et Moyennes Industries, qu’il est possible d’en attendre. 

POURQUOI UN ENSEIGNEMENT D’INTRODUCTION  A LA CAO EN GÉNIE ÉLECTRIQUE?

Dans l’esprit du grand public, la conception assistée par ordinateur semble principalement dédiée aux applications mécaniques, en raison, sans doute, du côté très spectaculaire de celles-ci. Cependant, dans la plupart des estimations, il est certes admis que la mécanique représente plus de 50% des applications de la C.A.O., mais il est aussi indiqué que l’électricité – électronique en représente environ le quart. La C.A.O. est désormais indispensable dans deux grands domaines du GÉNIE ÉLECTRIQUE:

  • la conception des circuits intégrés à très grande échelle (V.L.S.I.)
  • la conception et la validation des automatismes complexes. 

A.- La conception des circuits V.L.S.I.

Actuellement, les techniques de fabrication des circuits intégrés permettent la commercialisation de circuits comportant plusieurs dizaines de milliers de transistors. La conception de ceux-ci, dans des délais et à un coût qui ne soient pas prohibitifs, n’est possible que grâce à un usage intensif de la C.A.O. Il pourrait être estimé que la conception de tels circuits est désormais réservée à une très petite minorité de firmes qui seules disposeraient des connaissances technologiques et des ressources financières indispensables. La mise au point de nouvelles méthodes de conception des circuits V.L.S.I. comme celles développées par MEZD and COWAY a permis de raccourcir considérablement les délais d’étude. La « productivité » des concepteurs peut atteindre plusieurs milliers de transistors par mois. Grâce à ces nouvelles méthodes de conception, les circuits intégrés « à la demande » vont connaître un essor très important au cours des années 1980. Conception et fabrication étant en grande partie maîtrisées, le problème ne sera plus « comment fabriquer » mais « que fabriquer? ». 

Les chercheurs et ingénieurs travaillant dans les domaines de l’intelligence artificielle, du traitement du signal ou encore de la robotique, vont pouvoir directement intégrer les circuits dont ils ont besoin. En France, une analyse des besoins dans les secteurs industriels utilisant la microélectronique a montré qu’il était nécessaire de former chaque année et au minimum, trois cents ingénieurs dans ce domaine: deux cents en conception et cent en technologie. Or, comme il est généralement estimé que l’emploi d’un ingénieur induit deux à trois postes de techniciens, on peut donc mesurer les besoins de formation au niveau des techniciens supérieurs. Le chiffre le plus couramment admis est celui de cinq cents techniciens supérieurs « initiés » à la C.A.O. Génie Électrique en 1985. 

B.- La Conception Assistée par Ordinateur des automatismes complexes. 

La nécessaire automatisation des outils de production en vue d’accroître leur compétitivité provoque un accroissement très important de la demande dans ce domaine, principalement au niveau des solutions programmées. Si le coût du matériel n’a cessé de décroître tout au long des années 1970, par contre celui du logiciel n’a pas cessé d’augmenter pour devenir très largement prépondérant. De plus, l’accroissement de la complexité des automatismes, principalement au niveau des tâches à accomplir, fait qu’il n’est plus possible d’accepter la moindre erreur de conception ou que la défailance d’un organe compromette la sûreté de fonctionnement. Avant toute implantation, un automatisme doit être certifié conforme au cahier des charges et son comportement en toutes circonstances analysé. Ainsi, les problèmes de validation, l’accroissement de la productivité des programmeurs conduisent à un recours de plus en plus important à la conception assistée par ordinateur, d’autant plus que les modèles de description-simulation (Grafcet, Réseaux de Pétri) sont désormais largement connus et diffusés. 

C.- L’explosion de l’informatique graphique

L’efficacité de l’utilisation de la C.A.O. repose sur la bonne qualité du dialogue homme-machine d’où l’usage intensif de périphériques graphiques. La très grande diffusion prévisible de ces matériels entraînera une demande croissante en techniciens de maintenance, familiers de la technologie des consoles de visualisation, des tables à numériser ou traçantes. Ils devront aussi pouvoir comprendre et modifier les logiciels de base de ces périphériques et éventuellement réaliser des interfaces de couplage à différents types d’unité centrale. Par la suite, des notions sur les techniques de synthèse vocale et de reconnaissance de la parole seront aussi nécessaires. Outre ces trois domaines d’activité, la C.A.O. GÉNIE ÉLECTRIQUE se développera aussi dans les secteurs plus « classiques » tels que l’implantation des circuits imprimés, les circuits hybrides ou encore le schéma (D.A.O.) 

D.- Le Technicien Supérieur en Génie Électrique et la C.A.O.

Pour les raisons précédemment exposées, une forte demande de techniciens supérieurs déjà familiarisés avec les techniques de la C.A.O. est à prévoir dès maintenant. Les besoins sont encore très difficiles à évaluer avec précision, de l’ordre de quelques dizaines en 1982 à quelques centaines en 1985 comme on l’a déjà indiqué. Déjà, les grandes entreprises de construction électrique-électronique, les fabricants de circuits intégrés qui les premiers ont eu recours à ces techniques se plaignent de ne pas pouvoir recruter suffisamment de techniciens déjà formés. D’autant plus qu’ils sont unanimes à reconnaître que l’utilisation des moyens C.A.O. qu’ils développent ou utilisent sont du niveau du Diplôme Universitaire de Technologie, à condition cependant que sa formation initiale l’y ait préparé. En outre, les récents progrès de la microélectronique, en particulier les microprocesseurs 16 puis 32 bits, les mémoires 64 Kbits puis 256 Kbits qui permettent une diminution très sensible des coûts des matériels de C.A.O., l’accès à des centres de calcul par les réseaux télé-informatiques (TRANSPAC) vont rendre plus accessibles les outils de la C.A.O. à de petites et moyennes entreprises.

Paradoxalement, de nombreuses P.M.E. ‘en GÉNIE ÉLECTRIQUE. ont une activité de conception plus importante que certaines sociétés de taille nettement supérieure car elles sont très souvent sollicitées pour la conception et la réalisation de dispositifs spécifiques à diffusion restreinte. Comme ces P.M.E. emploient un grand nombre de techniciens et relativement peu d’ingénieurs, – les débouchés risquent d’être nombreux. De plus, comme nombre de Départements d’I.U.T. ont développé des relations privilégiées avec des P.M.I., principalement au : niveau des transferts technologiques, l’introduction de la C.A.0. en formation initiale risque fort d’accroître ces besoins. Une appréciation « numérique » de ceux-ci reste pratiquement impossible, la plupart des chiffres avancés risquant d’être trop pessimistes. 

E.- Enseignement C.A.O. et programme pédagogique

Les Départements d’I.U.T. délivrent un diplôme national et de ce fait doivent dispenser un enseignement tel que le volume des connaissances à transférer aux étudiants est défini dans chaque discipline par une Commission Pédagogique Nationale regroupant des enseignants et des industriels. Cette caractéristique peut être ressentie comme une contrainte et empêcher toute expérience pilote menée dans un seul Département. Or, il ne s’agit pas de former des concepteurs de systèmes C.A.0. mais des utilisateurs d’une technique, certes nouvelle, dans un domaine d’application bien précis: le GÉNIE ÉLECTRIQUE. Dans ce cas, l’introduction de la C.A.0. dans l’enseignement ne doit pas être comprise comme l’adjonction d’une nouvelle rubrique au programme pédagogique mais elle suppose au contraire un effort de rénovation pédagogique, sans remise en cause de la nature des connaissances transmises. Aussi, il est nécessaire que chaque responsable d’enseignement  intègre cette nouvelle technique et essaie, principalement au niveau des exercices d’application, de familiariser les étudiants à son utilisation. En Électronique, l’enseignement magistral devra mettre l’accent sur la modélisation physique des composants, sur la précision des modèles mathématiques. Les exercices et travaux pratiques devront permettre de confronter les résultats prévus par les outils C.A.0. avec ceux expérimentalement relevés sur les montages. En Automatique continue, il faudra insister sur les techniques d’identification et d’approximation des modèles. Quant aux automatismes séquentiels, on mettra l’accent sur la validité et la sûreté de fonctionnement’ avec l’aide des outils de description. Par contre, au niveau des Travaux Pratiques, des modifications pédagogiques plus importantes sont à prévoir. Le recours aux outils C.A.O., pour illustrer les exemples, doit devenir un réflexe permettant, en outre, d’aborder des problèmes plus importants que ceux généralement traités à la « main ». 

NATURE DE L’EXPÉRIENCE PILOTE

L’expérience pilote d’introduction à la C.A.O menée par le Département GÉNIE ÉLECTRIQUE de LONGWY porte principalement trois axes:

– initiation des étudiants à l’emploi de « gros logiciels »,
– participation des étudiants à la conception et à la mise au point de logiciels de C.A.O. « pédagogiques »,
– étude de la technologie des périphériques orientés C.A.O…

A.- Utilisation des logiciels C.A.O.

Contrairement aux applications mécaniques pour lesquelles il existe déjà des logiciels de conception qui peuvent être considérés comme des « standards industriels » comme CADAM, CATIA, EUCLID pour les logiciels de représentation en trois dimensions, la situation est très différente en GÉNIE ÉLECTRIQUE où peu de logiciels occupent une place dominante sur le marché. Nous pensons cependant que pour bien sensibiliser et motiver les étudiants, il est nécessaire de mettre le plus rapidement possible à leur disposition de tels outils C.A.O. Par la suite, l’enseignement devra tenir compte de leur disponibilité et, pourquoi pas, s’articuler autour d’eux, soit pour illustrer une partie du cours, soit pour approfondir les concepts qu’ils mettent en jeu. Dans notre expérience, le premier logiciel exploité a été le programme S.P.I.C.E. (Simulation Power with Integrated Circuit Emphasis) développé à l’Université de BERKELEY en Californie. Il présente la particularité de ne pas nécessiter d’organes périphériques sophistiqués, un écran-clavier et une imprimante 132 colonnes suffisent.

Le programme S.P.I.C.E. permet la simulation de circuits électroniques complets, puisque, outre l’emploi de résistances, capacités, inductances, etc…, il possède des modèles perfectionnés de diodes, transistors bipolaires, à effet de champ et du type M.O.$. Il permet l’étude statique mais aussi l’analyse fréquentielle ou encore la réponse impulsionnelle des circuits simulés. Il peut être utilisé en électronique aussi bien pour l’étude des différents composants que pour la conception des circuits (comme par exemple des filtres). Un autre avantage est sa disponibilité dans les principaux centres de calcul universitaires. (Pour notre part, nous avons fait procéder à son implantation sur l’IRIS 80 de l’Institut de Calcul Automatique de NANCY). A l’heure où nous écrivons ces lignes (Mars 1982), nous sommes toujours à la recherche d’un logiciel de simulation logique permettant la simulation des pannes (par collage à zéro ou à un) et l’étude de séquences de test. Enfin, nous souhaiterions avoir accès à un programme d’implantation de circuits imprimés performant. Ces programmes seraient implantés sur l’IRIS 80, mais le coût de ces produits est largement incompatible avec l’enveloppe financière dont nous disposons. 

B.- Réalisation de logiciels pédagogiques de C.A.O.

Bien que notre expérience se propose essentiellement de  former des utilisateurs, nous estimons qu’il est nécessaire que ceux-ci aient des notions précises des principes de fonctionnement des programmes de C.A.O.

Même s’il est admis que l’utilisation d’un logiciel de C.A.O. doit être transparente au niveau informatique, un utilisateur avisé, au fait de la structure interne des programmes, pourra probablement en faire un meilleur usage. Ainsi, nous souhaitons que nos étudiants prennent conscience des problèmes précis rencontrés lors de leur conception, principalement sur deux points:
– celui de la modélisation,
– celui de l’interactivité.
Pour cela, nous avons entrepris de les associer à la conception de programmes pédagogiques qui, bien que présentant un faible degré de complexité, restent très proches de la réalité. Pour illustrer les problèmes de modélisation, nous avons choisi un logiciel de simulation logique qui permet d’inclure différents modèles, présentant des retards ou non, ou encore la possibilité d’introduire des défauts permanents. Dans ces conditions, l’étudiant prend rapidement conscience de ce qu’il peut attendre d’un tel programme, comme par exemple pour les problèmes d’aléas. 

Les problèmes d’interaction homme-machine sont mis en évidence sur un programme de simulation d’automatismes séquentiels décrits par un GRAFCET. L’accent est mis sur les différentes méthodes d’introduction du graphe dans l’ordinateur et sur la présentation des résultats de la simulation à l’utilisateur.:

Les étudiants sont amenés à se poser les questions suivantes :
– quelles sont les informations à fournir au concepteur pour l’écriture d’un logiciel adapté?
– quel degré d’autonomie peut-on lui laisser?

Dans ces conditions, il n’est pas toujours vain de rappeler que les programmes qu’ils doivent écrire doivent être aisés d’emploi et conçus pour l’utilisateur final, même si cela leur demande des efforts supplémentaires de conception et de mise au point!  Enfin, des exercices de programmation portent sur des programmes de base en informatique graphique. Tous ces programmes sont écrits en PASCAL afin de leur assurer une (relative?) portabilité. 

C.- Étude de la technologie des périphériques C.A.O.

Un des principaux débouchés des diplômés des I.U.T.-Département GÉNIE ÉLECTRIQUE est la maintenance des systèmes informatiques. L’ « explosion » de l’informatique graphique, avec les périphériques spécialisés qu’elle comporte, nécessitera pour leur maintenance des spécialités avec des connaissances spécifiques. Pour cela, dans le cadre des projets d’étudiants de deuxième année, nous lançons l’étude d’une gamme de consoles graphiques, couleurs ou non, conçues autour du processeur spécialisé intégré EF 96365. Là encore, cette gamme, puisqu’elle utilisera soit un microprocesseur 8bits (6809), soit un microprocesseur 16 bits (68000), permettra aux étudiants d’acquérir des notions précises sur les logiciels graphiques de base et les interactions matériel-logiciel. La réalisation de cette gamme de consoles graphiques permet en plus d’introduire un enseignement de « conception de produits » afin de dépasser le cadre strictement technique de cette opération. Actuellement, on s’oriente vers une structure modulaire, conçue autour de cartes microsystèmes au format « EUROPE » et au standard du bus VME qui vient d’être nouvellement proposé. L’aspect « design » est loin d’être négligé et excite fort les imaginations. 

D.- Conférences sur la C.A.O.

Seules 12 heures supplémentaires de cours magistral, constituées par des exposés d’ordre général sur la C.A.O. sont utilisées dans le cadre de cette expérience pilote. Elles permettent une synthèse de l’enseignement réalisé et doivent présenter un panorama aussi exhaustif que possible de ce qu’est la Conception Assistée par Ordinateur et de ses applications dans le domaine du GÉNIE ÉLECTRIQUE.

Les principaux thèmes de ces conférences sont :
– présentation générale de la C.A.O..
– grands domaines d’utilisation en GÉNIE ÉLECTRIQUE (l’accent est mis sur la conception des circuits intégrés V.L.S.I.),
– les matériels de la C.A.O.: systèmes ouverts et fermés,
– conséquences de l’introduction de la C.A.0. dans la vie de l’entreprise, ses impacts socio-économiques.

En plus de ces conférences, nous aurions souhaité faite visiter des installations de C.A.0. à nos étudiants, mais l’environnement lorrain ne s’y prête guère actuellement. 

MATÉRIEL MIS EN ŒUVRE

Avant de décrire le matériel mis en œuvre pour cet enseignement, il n’est sans doute pas inutile de préciser le budget dont nous disposons. Celui-ci se monte à 600 KF, répartis de la manière suivante:
– 250 KF de subvention de l’A.D.I.,
– 100 KF fournis par l’Union des Industries de la Région de LONGWY, – 100 KF venant du Centre de Création Industrielle de Lorraine,
. 150 KF sur le budget propre du Département.
Il ne faut pas oublier que l’enseignement dispensé dans les I.U.T. est un enseignement « de masse » puisqu’il concerne en général cinq groupes d’étudiants en première année et quatre groupes en seconde année, chaque groupe comportant en moyenne 24 étudiants. De plus, un Département d’I.U.T. comme le nôtre, mène des actions de formation permanente soit dans le cadre de la Promotion Supérieure du Travail (40 auditeurs à temps plein), soit dans le cadre de l’actualisation des connaissances (stages de perfectionnements de courte durée). Au départ de cette expérience, nous ne disposons pas de centre informatique proprement dit. Nos moyens se limitent à:
– une salle d’initiation à la programmation, laissée en libre service, comprenant: 
. 8 micro-ordinateurs personnels « PROTEUS » (fabrication française),
. un ordinateur personnel TRS 80,
. 1 ordinateur personnel APPLE II, 
ces deux derniers étant équipés de mini-disques 5 pouces.
– un calculateur graphique TEKTRONIX 4051 couplé à une table traçante. La mémoire de masse utilisée étant la cassette 3M équipant à l’origine ce calculateur. C’est à l’aide de ce système que nous avions mis au point un ensemble de programmes d’initiation allant du schéma (DAO) à l’identification automatique de systèmes asservis linéaires. Conçu autour d’un microprocesseur 6800 et programmable uniquement en BASIC, ce système offre des performances intéressantes mais très limitées au niveau des temps d’exécution.
– une salle de conception de microsystèmes équipée de: 

  • 4 systèmes de développement EXORCISER complets (avec unité de disques souples 8 pouces et imprimante rapide); 
  • 2 EXORCET système de développement « moyenne gamme ».

Pour répondre aux impératifs de notre type d’enseignement, il nous faut impérativement disposer de 6 postes de travail minimum. Dans ces conditions, l’achat d’un système fermé (du type CALMA, APPLICON ou COMPUTERVISION,…) est impensable, même en visant un très bas de gamme car il ne nous offrirait qu’un seul poste de travail. D’autre part, il est communément admis que la C.A.O. exige au minimum une unité centrale à mots de 32 bits, du type « Megamini ». Nos moyens financiers éliminent d’office une telle solution. Dans un premier temps, nous avons décidé de nous connecter au réseau TRANSPAC afin de pouvoir accéder aux centres de calcul universitaires où nous comptions trouver des logiciels de C.A.O. Afin de réduire les coûts d’investissement, nous avons retenu un mode de liaison asynchrone, limité pour l’instant à 1200 bauds. Nous avons aussi choisi d’y connecter un terminal graphique évolué, utilisant des logiciels relativement répandus. Pour cela, nous avons retenu la console graphique TEKTRONIX modèle 4112. Nos moyens financiers ne nous permettant pas d’accéder à

une console à balayage cavalier, nous avons choisi un système à balayage vidéo de préférence à un tube à mémoire essentiellement pour des raisons ergonomiques liées à ce type d’écran. Ce premier équipement correspond à notre premier objectif: initier les étudiants à l’usage de logiciels C.A.O. « industriels ». Nous précisons bien « initiation » car il n’est pas pensable de laisser un tel terminal en libre accès et au cours d’une séance de Travaux Pratiques de 4 h., un étudiant ne pourrait l’utiliser qu’à peine 10 minutes. Il sert donc plus à des « démonstrations » faites par les enseignants. 

A ce stade de notre expérience et pour d’évidentes raisons administratives, il ne nous est pas possible de nous connecter à plusieurs centres informatiques. Nous estimons que si l’enseignement de la C.A.O. devait se répandre, il serait absolument nécessaire de regrouper sur un seul site les logiciels disponibles pour l’enseignement. Afin d’éviter de trop nombreux accès, les logiciels devraient être regroupés par discipline sur des sites différents. Sur chacun d’eux, une équipe assurerait le maintien, voire l’évolution des logiciels, tout en aidant les enseignants utilisateurs. C’est une condition indispensable à l’extension à d’autres établissements de l’expérience que nous menons actuellement. Dans un deuxième temps, nous avons recherché un équipement local pouvant servir six postes de travail au minimum.

En plus des considérations déjà exprimées, nous avons estimé:
– que la « démocratisation » de la C.A.O. ne pourrait se réaliser que par l’emploi de futurs microprocesseurs, 16 bits aujourd’hui, 32 bits demain;
– que dans un Département GÉNIE ÉLECTRIQUE, nous ne pouvions pas ignorer les aspects matériels.

Dans ces conditions, notre choix s’est porté vers un système de développement à microprocesseur 16 bits, disposant d’un système d’exploitation multi-utilisateurs : l’EXORMACS fabriqué par la Société MOTOROLA.

Notre choix a été conforté par:
– notre expérience des microprocesseurs de la famille 6800 et du matériel fourni par cette firme;
– le fait que ce système est prévu pour les futurs microprocesseurs 32 bits auxquels nous pensons pouvoir accéder d’ici deux ans par simple changement de cartes unité centrale » et « DEBUG ».

La configuration retenue comprend donc: 
– le système EXORMACS équipé avec 512 K octets de mémoire centrale, – une unité de disque dur 2 X 16 M octets, – une unité de disque souple 2 X 512 K octets,
– une imprimante CENTRONICS 703 (180 car/s),
– six. consoles pour l’instant alphanumériques en attendant la console graphique que nous comptons développer. Le système fonctionne sous « VERSADOS » avec comme langage d’utilisation l’assembleur PASCAL et FORTRAN. En l’absence d’Ingénieurs ou Techniciens qualifiés, ce sont deux enseignants de Département qui assurent l’exploitation de ce système. Nous pensons que notre solution possède de réelles qualités de souplesse d’évolution, tant au niveau du nombre d’utilisateurs connectables que de celui de l’évolution des futurs circuits intégrés. Enfin, ce matériel a été retenu dans le cadre du projet « SOL » de mise en place d’un environnement informatique portable, assurant aux logiciels que nous pourrions développer une réelle portabilité.

RELATIONS AVEC LES INDUSTRIES LOCALES

Le Département GÉNIE ÉLECTRIQUE de LONGWY a été un des premiers Établissement d’Enseignement Supérieur  de Lorraine à introduire un enseignement sur les microprocesseurs en 1975/1976. A ce niveau, il a déjà joué un rôle pilote d’introduction de la microélectronique dans les industries locales.

Ces actions de sensibilisation à la microélectronique ont pris les formes suivantes:
– organisation de Journées d’Information (gratuites), puis de stages de perfectionnement. Ces journées d’information ont débouché sur une exposition bisannuelle de microélectronique. La dernière en date, en Septembre 1981, a réuni 50 exposants qui ont reçu plus de 500 visiteurs. Cette manifestation est organisée dans nos locaux avec la très active participation de la CHAMBRE DE COMMERCE ET D’INDUSTRIE DE MEURTHE-ET-MOSELLE;
– création d’une association a but non lucratif « MICROLOR » qui rassemblait des professionnels intéressés par les microprocesseurs. Des réunions techniques se déroulaient périodiquement chez ses adhérents, articulées autour d’un thème bien défini. Après trois ans d’activité importante, cette Association est pratiquement dissoute à l’heure actuelle, son but primitif de sensibilisation et d’information ayant été atteint;
– mais surtout, contacts personnels entre les enseignants du Département et des responsables techniques d’entreprise à diverses occasions comme les visites des étudiants stagiaires, les conseils aux entreprises, etc… 

Pour la diffusion de la C.A.O. dans les P.M.I., nous comptons utiliser sensiblement les mêmes moyens, à l’exclusion sans doute de la création d’une nouvelle association sans but lucratif. Par rapport à la situation antérieure, nous bénéficierons de nos contacts et d’une bonne image de marque.

Cependant, la situation présente est différente car:
– la C.A.O. exige des investissements si importants que de nombreuses personnes estiment qu’à l’heure actuelle, elle n’est pas à la portée des P.M.I. – il est pratiquement impossible de faire des études de rentabilité « à priori » pour un équipement de C.A.O. Enfin, nous ne pouvons jouer un rôle de sensibilisation qu’en relais d’actions nationales utilisant des media comme la télévision, la presse technique, etc… 

La lourdeur de l’investissement nous incite à penser que la C.A.O. devrait être l’occasion d’une collaboration encore plus étroite entre un Centre Universitaire et une Association de P.M.I. par la constitution d’un Centre C.A.O. qui pourrait rendre des services généraux ou se transformer en Centre prestataire de services en temps partagé à ses différents membres. Chaque adhérent accéderait ainsi à une puissance financière mais surtout à une compétence technique plus importantes. Cependant, il ne faut absolument pas négliger les obstacles juridiques à une telle structure qui, dans l’état actuel, relève encore du domaine de l’utopie. 

CONCLUSION

Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions sur cette expérience. On peut cependant noter un réel enthousiasme de la part des étudiants qui sentent confusément qu’il s’agit d’un « plus » à leur formation.

En ce qui concerne les enseignants, obligés de se remettre en question, des difficultés « psychologiques peuvent se rencontrer et, sans doute, risque-t-on de voir apparaître des phénomènes de « rejet ». 

L’introduction de la C.A.0. dans une équipe enseignante, comme d’ailleurs dans toutes les entreprises, n’est pas neutre et elle risque de créer des disparités importantes au niveau des différentes formations.. 

Quoiqu’il en soit, l’introduction de la C.A.0. dans un Département GÉNIE ÉLECTRIQUE est déjà un impératif pour assurer les débouchés des étudiants en formation. Il s’agit là d’une expérience passionnante pour tous les participants et, au niveau des réalités industrielles, d’une chance pour une région et même pour une nation, si cette expérience, est étendue, d’assumer avec dynamisme les nécessaires reconversions imposées par l’économie mondiale. 

INSTITUT UNIVERSITAIRE DE TECHNOLOGIE Route de Romain 54400 – LONGWY
Cette expérience fait l’objet du contrat 81-492 de l’Agence de l’Informatique.

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