Le N°4 du Gesi Mai 1982

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Du nouveau dans les Microprocesseurs

Le secret avait été bien gardé et ce n’est que par indiscrétion d’un technicien de la NASA que la nouvelle a été connue du public. Il s’agit du silicium fossile extrait des roches lunaires ramenées lors de la dernière expédition APOLLO. Ce silicium conservé sur la lune à une température de l’ordre de -200 °C depuis plus de 220 millions d’années a gardé sa structure originelle qui est légèrement différente de celle du cristal connu sur la terre. En particulier, d’après la récente publication JJ.JOKE du 1er avril 1982, les mobilité des porteurs y sont quatre fois plus élevées, ce qui permet d’envisager des composants fonctionnant à des fréquences > 1Ghz. Dans son article , JJ. JOKE cite une première version d’un microprocesseur réalisé en P MOS et fonctionnant à une fréquence d’horloge de 105 MHz. Une affaire à suivre …

 

Extraits de la revue :

Enseigne-t-on le Français au G. E. ? 
– Lettre ouverte à un jeune étudiant ou étudiante  entrant en Génie Électrique 

« Mais les Japonais savent défendre leurs techniques de pointe en ne traduisant que le minimum. Nous, nous traduisons pour que les applications soient plus facilement américaines…  » – J. MEINNEL

Enseigne-t-on le Français au G. E. ? 


La relecture des deux numéros du bulletin GeSi m’incite à une réaction impertinente qui pourrait avoir droit de cité dans une autre parution. Il s’agit de la Défense et Illustration de l’Expression en langue maternelle !  N’est-il pas symptomatique qu’il ne soit question (le plus souvent) de langage qu’en informatique et en anglais ? 

Le récent congrès de Montréal ne vient-il pas de rayer de la carte des langues scientifiques notre idiome périmé… en attendant de le bannir totalement des langues civilisées.  Mais nous, qu’en faisons nous en GE : quelle est la situation des enseignants d’expression française ?  Classés dans la rubrique «non scientifique» (aveu et invite pour l’étudiant), formation générale (rubrique à brac), technique d’expression (outil) ce n’est qu’alibi, bonne conscience et condescendance. A condition de ne pas gêner les finances et l’emploi du temps… Cadavre même exquis est encore langue ou lettre morte, corps mort dans l’océan technologique ! 

Trop de spécialistes ont gardé la conception du français inculquée par Bled et Bescherell : catéchisme orthographique, catalogue d’exceptions à faire respecter, du moins celles qu’on a retenues ! Mais la linguistique, l’ana lyse du discours, la traduction automatique, c’est l’algèbre moderne, et la grammaire à papa c’est le cas d’égalité des triangles.  Passe encore l’étymologie, dit le mandarin, car ça sert à rappeler que pencil vient de pinceau (ou de pénis), que maçon se rattache à mak, m. T.R c’est mütter, mother, maternel… Cela évite la dyslexie et la dysgraphie qui sont l’échec de l’annuaire électronique.  Admettons grammaire, lexique et poésie, ça berce et fait rêver, ça nourrit l’esprit… on passe le temps. Enseigne-t-on le Français au G. E. ?  Trop de spécialistes ont gardé la conception du français inculquée par Bled et Bescherell : catéchisme orthographique, catalogue d’exceptions à faire respecter, du moins celles qu’on a retenues ! Mais la linguistique, l’ana lyse du discours, la traduction automatique, c’est l’algèbre moderne, et la grammaire à papa c’est le cas d’égalité des triangles.  Passe encore l’étymologie, dit le mandarin, car ça sert à rappeler que pencil vient de pinceau (ou de pénis), que maçon se rattache à mak, m. T.R c’est mütter, mother, maternel… Cela évite la dyslexie et la dysgraphie qui sont l’échec de l’annuaire électronique.  Admettons grammaire, lexique et poésie, ça berce et fait rêver, ça nourrit l’esprit… on passe le temps. 

Mais le langage est vivant, il est énonciation, créativité, capacité de verbalisation et de conscientisation. 60 heures par an c’est peu d’occasions de se concerter, s’interpeller, se comprendre, se connaître et échanger spontanément. L’interdisciplinarité si difficile des enseignants c’est justement absence de préoccupation ou de langage communs. 

Pouvoir rédiger une notice de maintenance accessible aux «usagers compatriotes», c’est parler clair, éviter franglais et jargon. Au reste, Sony, Olivetti, IBM font d’excellentes notices… même en breton et en flamand. Négliger le mode de pensée, cest se priver de marchés avec la sanction économique. Tous les techniciens étrangers ont un cours d’esthétique industrielle... et nous ? A ne pouvoir traduire led, scanner, scrapper, ne révèle-t-on pas manque de cativité et résignation ou dépendance. 

Si l’on peut tolérer la liberté d’expression même sans la rigueur des lois impératives, le dogmatisme et les postulats, n’y a-t-il pas un lieu où le technicien puisse s’interroger encore Penser une prothèse c’est aussi se préoccuper des handicapés, parler des OS, c’est aussi évoquer les robots : les secrétaires redoutent  la bureautique, est-ce légitime ? Consommer de l’électricité influe sur l’environnement ; les média ne sont pas lanternes* magiques…. Peut on en parler librement avec les conflits et les prises de conscience que cela induit ? Ce lieu d’échanges, c’est le département des «humanités» des Écoles d’ingénieurs US. 

Il n’est pas nouveau dans l’histoire que les peuples soumis aux technologies des sociétés dominantes aient dû renoncer à l’usage de leur langue considérée comme barbare, (régionalisme»... le cours de français, c’est baratin et laïus… déjà les romains décadents parlaient de charabia pour algorithme et almanach… et les racistes dominants n’entendaient que baragouin chez leurs concitoyens.  Toujours les peuples colonisés ont envoyé leur «élite» apprendre la langue du pays avancé qui renvoyait sa technologie ! ! Quelle langue est obligatoire dans nombre de spécialités… les deux grands imposent ainsi leurs codes, leur idéologie à travers le véhicule de la langue imposée. Mais les Japonais savent défendre leurs techniques de pointe en ne traduisant que le minimum. Nous, nous traduisons pour que les applications soient plus facilement américaines… 

A quoi bon quelques heures pour la langue du sous-développement on pourrait récupérer heures et crédits. Ne peut-on espérer un algo** affectif, un code de la tendresse... certains se contentent d’un basic… ou d’asservissement. Au fait, quelle est la situation de l’expression, communication, du français dans l’enseignement des départements de GE ?

* Laternes dans la revue* *algol dans la revue
par J. MEINNEL (Rennes)

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Lettre ouverte à un jeune étudiant ou étudiante  entrant en Génie Électrique 

Cher ami, 

Après le dossier à fournir, après le succès au bac, les tests éventuels, et toutes les formalités administratives franchies, te voilà un beau matin, admis à suivre les cours dans ce département d’IUT que l’on désigne je ne sais pourquoi le (Génie Électrique», alors que chacun sait qu‘il est le saint des saints» de l’Électronique

Ce mot magique où se mêlent un peu pour le profane, la fiction et le réel, symbole de l’avenir, voilà que tu vas enfin en découvrir le sens. Si tu as eu la chance d’avoir entre les mains ces jouets merveilleux qui font bip-bip, avec toutes leurs multiples lampes qui clignotent... si tu es familiarisé avec la hi-fi, la vidéo etc... etc… bref cette technologie qui investit notre quotidien de plus en plus, te voilà à même de parvenir à Sa connaissance, à Sa réalisation ! Au banquet des diodes, des résistances, des microprocesseurs, te voilà convié... pour peu que ton enthousiasme de débutant ne se rebute pas sur un os comme la physique ou la loi d’Ohm ! Mais voilà qu’au plat des hors d’œuvre, tout au moins en lère année, on va te forcer à ingurgiter des TP de Travaux Mécaniques ! Toi, le fana du fer à souder, le dingue du Métrix, le champion de l’oscillo, on veut te faire salir les mains sur une machine outil, tour ou fraiseuse, percer des trous, souder des plaques, former et poinçonner des tôles, déformer de la matière plastique, plancher sur des problèmes de métrologie, réaliser quelques traitements thermiques élémentaires etc… etctoutes choses normalement dévolues à tes collègues de l’option (Génie Mécanique»

Je sais, tu as le droit de te poser des questions, de chercher des réponses à tout cela. Si tu le permets, je vais essayer, non pas de te convaincre, car la conviction ne peut résulter que d’un raisonnement personnel, mais plutôt de t’expliquer pourquoi, après tout, ce n’est pas si bête quand on aspire au titre de « Technicien Supérieur», de faire un peu de formation pratique même en marge de sa spécialité… ne fut ce que pour permettre un jour un dialogue plus efficace avec les autres techniciens au sein de l’entreprise. 

Je vais donc présenter mon «plaidoyer» en deux parties :

A – la première où je recenserai les apports de cette discipline des TP méca, pour la formation du futur technicien à savoir : 

a) Connaissance des divers matériaux usuels employés dans l’industrie (aspects – utilisations – essais mécaniques)
b) Propriétés et transformations des propriétés des matériaux ferreux (traitements thermiques)
c) Moyens d’obtention usuels d’un objet fini (enlèvement de matière à l’outil de coupe, déformation plastique, assemblages fixes, soudures)
d) Étude de fabrication (méthodologie, analyse, synthèse, décision, ecution)
e) Moyens de contrôle, Métrologie, Applications. f) Entraînement à la coordination du cerveau (qui décide) avec la main (qui exécute) et tu verras que cette fonction préalable à l’exécution correcte, n’est pas forcément réalisée avec facilité chez la plupart d’entre vous… ce qui vous amènera éventuellement à plus de considération pour le travail manuel. L’acquisition d’une technique gestuelle correcte, nécessite, tu le verras, une somme d‘efforts convergents dont le profane n’a pas à priori conscience. Et puis, se mesurer avec la matière, n’est-ce pas aller au concret, avec tout ce que cela implique de désillusion devant l’échec, mais aussi de joie créatrice quand le but est atteint ?

B – Ces réflexions m’amènent tout simplement à la deuxième partie de mon exposé où, à l’aide d’un seul exemple, nous allons retrouver les inter-connexions entre l’électronique et la mécanique… 

J’oublierai volontairement le côté fondamental de la recherche scientifique qui a abouti à nous doter de ces merveilleux composants, pour ne retenir que le fabuleux potentiel du pouvoir concentdans si peu de matière... on parle de fonctions, et c’est bien le terme qui convient. Maintenant, réfléchissons; parmi les innombrables possibilités que nous offrent les composants électroniques, combien nécessitent un «prolongement» mécanique ou autre, pour produire une application réellement utilisable ? 

Un exemple… cette science futuriste, dont on parle tant, la «robotique», est une illustration parfaite où la mise en œuvre d’une électronique la plus sophistiquée, avec une mécanique des plus élaboe, tend à recréer la complémentarité décrite plus haut, du cerveau de l’homme (qui pense) avec l’habileté de la main (qui exécute). Ce concept est loin d’être atteint, mais les techniciens sont à l’œuvre dans tous les pays pour, dans les décades à venir, se rapprocher le plus possible de cette réalité

Excuse-moi d’avoir, pour illustrer mon propos, choisi un exemple peu en rapport avec le niveau des TP méca dispensés au département... mais il faut un début à tout.  Si, par ces quelques lignes, j’ai réussi à forcer ta réflexion de façon à ce que tu admettes la complémentarité des techniques dans le monde industriel où tu vas avoir à faire ta place… et par déduction, l’utilité de ce cours, alors, j’aurai à la façon d’un «ex-composant» de ce Département Génie Électrique… rempli ma «fonction»

Bon courage et bonne chance ! 

Le 12 janvier 82 E. AUBERT

Bordeaux PTA «honoraire» de Construction mécanique 

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